Le blog d'Agnès de La Féline

Collaborations

Outdoor Mineurs

De septembre 2016 à juin 2017, j’étais en résidence au Collège Gustave Courbet à Romainville (93). Nous étions trois artistes, Maud Octallinn, Ricky Hollywood et moi, envoyés en ces terres pas si connues à l’invitation La Souterraine et d’IN SITU, un projet d’action culturelle mis en place par le conseil général de la Seine-Saint-Denis.
Notre classe, c’était la 4H. Une classe où les élèves ne pratiquaient pas spécialement la musique, n’allaient pas au conservatoire, et ne savaient (pas plus que nous) déchiffrer une partition. Ils étaient vingt, tout rond, des pré-adolescents, avec leurs visages d’enfants et leurs envies d’adultes. Il y avait les garçons séducteurs un peu sûrs d’eux et ceux, cachés derrière leur cartable, qui ricanaient surtout de blagues scatologiques, les filles maquillées et les petites discrètes, soucieuses de bien faire et moins conscientes de leur corps. C’étaient des gamins nés à Romainville ou très loin d’ici, de très timides et des punchliners-nés, des enfants protégés, d’autres beaucoup moins.

Eux, toute l’année, ils nous ont trouvés bizarres, avec nos ateliers et notre musique de blanc-becs savants nés au XXe siècle (souvenir de regards écœurés devant une vidéo de Jimi Hendrix à Woodstock : « mais madame, ça a l’air vraiment vieux! »). Nous, nous faisions notre possible, en improvisant un peu plus qu’à moitié, avec un brin d’inquiétude et de confiance malgré tout, à mesure que nous les sentions intrigués, attirés, conquis. Semaine après semaine, s’est installée cette sensation que l’on ne ressent que lorsque les choses fonctionnent : nous tenions quelque chose de précieux, si fragile que ce soit. Ricky Hollywood allait capturer leur ping-pong comme un beat, durant les heures matinales d’EPS, Maud parvenait à leur faire écrire des phrases incroyables, avec une technique particulière, entre jeu formel et association d’idées, et moi, je les prenais un à un, en leur proposant de chanter leur phrase comme ils voulaient sur un petit rythme de guitare que je proposais, qui finissait toujours par ressembler à un blues. Dès le premier essai, je les enregistrais, parce qu’ils avaient souvent ces inflexions imprévisibles, accentuations bizarres inventées sans le savoir qu’on garderait comme de petits trésors par la suite.

Durant ces séances en tête à tête, il fallait que je tende considérablement l’oreille pour entendre leur chant improvisé, d’abord chanté sans conviction, presque sans souffle, avec la grimace la plus auto-dévaluatrice possible, et puis chanté tout court, parce qu’on chantait ensemble et que c’était bon. Ça n’était rien, des bribes, des échantillons de spontanéité, de maladresses, des tentatives, jusqu’à ce que ça devienne quelque chose, que l’on façonne ensemble cet objet qui devait ressembler à une classe, à une année, à vingt jeunes gens si différents, à une « mixtape souterraine », puisque c’était le projet. Dans un va-et-vient assez foutraque avec eux, Maud, Stéphane et moi avons récrée une base, les chansons qu’ils interpréteraient.

Dans la salle 217, au deuxième étage, récemment rénovée, où il faisait toujours un peu trop chaud et sec, on a installé un studio d’enregistrement éphémère, des micros, des casques, un ingénieur du son attitré (Igor Moreno). Ils défilaient toute la journée, excités comme des puces, un peu déçus parfois de ne pas rester plus longtemps, intrigués par ce qui en ressortirait. Souvent, leurs voix nous épataient. Ça chantait terriblement faux en chœur sur le début de « Dans mon rêve », mais les voix de Kouroussa, de Keren, de Kim, de Rodrigue ou d’Ivanah nous mettaient la chair de poule. Je crois que mon moment préféré, c’est quand le jeune Ismael, un garçon plutôt à part dans la classe, a gagné aux yeux des autres au moins deux cents points de crédibilité en révélant à tout le monde — et probablement à lui-même — sa magnifique voix de crooner moderne devant le micro. Jugez plutôt sur le disque.

De « À la mine » à « Bye Bye Grisou » : nous nous sommes glissés dans le souterrain des rêves, nous avons glâné ici et là des vérités existentielles profondes, au sens propre et spéléologique : les voies souterraines sont multiples. Ils ont même fait une reprise de « Senga », un morceau de mon dernier disque, mais toute nue ou presque, percussions-voix (Amritpreet, le petit Sikh, aux tablas), dont je suis super fière (comme Maud Octallinn sur son bulldozer).

Tout fut enregistré et mixé par Igor Moreno, durant une semaine de studio mythique qu’Amandine Hanse-Balssa est venue filmer avec une discrétion parfaite dans le beau documentaire à paraître, « Je suis heureux quand je chante », dont on peut voir ici un extrait.

Amritpreet, Kouroussa, Mothie, Blanche, Rodrigue, Maxime, Danielle, Walid, Nissi, Anaïs, Rosie-Laure, Keren, Ismael, Yvanah, Pablo, Farah, Zilan, Kim, Roxane, Anwar, Ryan, Yassine, toutes les enseignantes, généreuses et bienveillantes (Annabelle Hallé, Lucie Huitel, Gaëlle Monard, Noémie Brosselard) : bravo! (Comme vous dites, « c’était michto ».)

COL9

Un grand merci couvert de suie à Dominique Bourzeix et Yasmine Di Noia du Conseil départemental de Seine Saint-Denis, à Sophie Nobécourt et Baya Bali du collège Gustave Courbet, à Minnie Benoliel et Lucie Bernard de La Gaîté Lyrique, à Benjamin Caschera et Laurent Bajon de La Souterraine.

*Toutes les photos sont d’Amandine Hanse-Balssa.

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Hugo Arcier

J’ai rencontré Hugo par l’intermédiaire d’une amie musicienne, Vanessa Chassaigne. Son œuvre personnelle, une réflexion audacieuse sur la 3D, dont il est un des techniciens actuels les plus doués, est exposée en ce moment au centre de création numérique Le Cube. J’ai eu la chance de collaborer avec lui pour une de ses œuvres : le film Nostalgia for nature, en rédigeant le texte et en enregistrant la voix off qui accompagne ces images.

Voici le film dans son intégralité :


Le texte, que j’ai écrit, et que je dis à l’image : 

« Il y a ce mot d’Héraclite qui dit que 

La nature aime à se cacher Je l’imagine occulte 

Aux abords des villes 

Tapie sous les lames de fréquences du trafic

qui ne s’entend plus vibrer 

Chassée par les feux géométriques de la métropole… 

… où je me cache, moi aussi 

Dans un espace calculé 

Dont je connais la clé 

Dans le bleu luminescent d’une forêt algorythmique, 

J’ai le soupçon de ce que j’ignore, 

Je touche aux extrêmes comme à l’introspection 

Entre deux surfaces, je modélise une profondeur 

Je voudrais qu’elle me happe 

Elle me ramène au seuil 

Encore, Je dois me souvenir du but 

Où mène ce bois ? 

Myxomécètes, helytricia calyculata, stemonitis, physarum polycephalum 

Je crois que rendue à elle-même, 

La nature mutante est d’un rouge orangé 

J’ai guetté son génie dans des palpitations cellulaires, 

Dans la croissance obscène et pure 

Où je l’ai vue défier le temps Inventer les signes de la puissance, 

Entrer dans le champ de mes cauchemars. 

J’avais enfant trois scarabées 

Une Lucane cerf-volant : Lucanus Cervus 

Un scarabée rhinocéros : Oryctes nasicornis 

Et le troisième dont j’ai oublié le nom 

Mêlés dans ma mémoire, ils se composent en totem. 

Dans le sous-bois de Valergues, au fond de l’Aveyron 

L’image fixe du passé est traversée d’un souffle d’air 

Je sais qu’à cet instant une forme triomphe de sa tendance au flétrissement. 

Et l’obscurité s’allume 

Le bois humide invente, mutatis mutandis, une idée du feu. 

La nature mutante est d’un rouge orangé 

La nature mutante est d’un rouge orangé 

La nature mutante est d’un rouge orangé (…) 

Il fait toujours nuit dans ma mémoire 

Un soleil lunaire m’indique une voie 

Je ne sais s’il annonce un nouveau jour 

Ou s’il vient du passé. »

At Elektra Opening – Montréal

Diffusions : Du 22 au 27 septembre 2014, Shortvisions, International short film festival, Ningho, Chine Du 21 février au 19 mars 2014, « Imaginary : Aesthetics of the virtual and perception of the reality », PrimoPiano LivinGallery, Lecce (Italie) Du 12 au 17 novembre 2013, Interfilm International Short Film Festival Berlin Du 16 au 25 octobre 2013, Séoul International New Media Festival (NeMaf) Du 6 au 9 septembre 2013, Ars Electronica Festival, Linz, Autriche Du 18 au 14 août 2013, Anima Mundi, programmation « galerie », São Paulo, Brazil Du 2 au 11 août 2013, Anima Mundi, programmation « galerie », Rio de Janeiro, Brazil Du 28 juin au 1er septembre 2013, « Le voyage », Nantes, France Du 15 avril au 15 mai 2013 : ON/Gallery, Pékin. Jeudi 2 mai à 21h 2013: Festival Elektra, Montréal. Du 7 au 10 mars 2013 : Lille Art Fair. Du 7 février au 27 juillet 2013 : Exposition personnelle de Hugo Arcier « Nostalgie du réel » au Cube.

Presse sur Nostalgia for nature.